Et puis, toujours ce grand doute devant l’ouvrage. Pourquoi ?
Pourquoi cette envie de bouffer la vie et en même temps de se retrouver
gros comme une tête d’épingle, comme un con, tout petit.
Brassens me le pardonne, je ne voulais pas offenser le blason,
mais l’image demeure.

En feuilles d’oranger je vous aurais aimée.
En feuilles de lilas je vous aurais séduite.
En feuilles de pêcher et de bambous
Je me ferais diable vert
Aux pensées abominables
Pour les bien pensants,
Afin de vous aimer
À feuilles rabattues jusqu’aux ocres flammés
Enfer oblige
À en mourir !

Chaude maison, feux de flammes de chêne et d’alisier,
les ors byzantins et les calcaires. La petite table de marbre blanc
souligne le vert du buis et la grive se saoule de baies rouges
d’aubépine. La carpe d’or dort et le chat dort à radiateurs rabattus.
C’est le temps du temps où rien ne presse, où sourdement
tout se prépare à exploser. L’amandier s’y croit déjà, les labours
de terre d’ombre et de Sienne réchauffent les gris de vert d’olive.

Je n’ai pas d’orientation nouvelle. Je vais comme les montagnards
ou les sahariens, d’un pas lent, je vais en zigzag, entre aquarelles,
pastels, huiles, acryliques, gravures, sculptures, jouets de boîtes de
sardines, poteries de grès ou de faïence, objets détournés, jardin, Amis,
Amour, touche à tout, touche à rien.
Je totémise donc avec quelques bois d’étables et brosses de chiendent,
suivant le temps, l’heure.

Faire son jardin de couleurs et de traits.
Semer tes idées et ton amour,
tes joies et tes mélancolies, ne pas se corriger,
faire et faire encore chaque jour,
sans discourir ni analyser.
Camélus, Saint Camélus fera le reste.